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Mortroux 2018

Le 7ème salon du livre de Mortroux aura lieu le dimanche 29 juillet 2018 de 9 h à 18 h, à la salle socio-culturelle

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Concours La Morterolaise 2018

4ème concours de la nouvelle morterolaise

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Aqua, la gouttelette d’eau, émerge de la source, vacille, hésite. Elle voudrait retourner dans la fraîcheur de la nappe souterraine mais la foule de ses consœurs lui barrent le chemin.
Elle regarde au quatre points cardinaux. En amont, en aval.
Puis, timidement, elle avance avec les autres gouttelettes.
Elle chemine encore un peu.
Plus elle roule, plus il y a d’eau autour d’elle. Se sentant porter par ses congénères qu’elle-même entraîne, elle ferme les yeux et se laisse aller. Au fil du ru, elle est ballottée d’un côté, de l’autre, ralentie par une feuille, complètement stoppée par une pierre. Elle joue des épaules et réussi à reprendre sa progression. Une brindille, venue la rejoindre, se laisse porter, elle aussi. Elle trébuche sur un tronc d’arbre mort qui joue à ralentir la progression de l’eau, se tortille puis fini par se scinder en deux. Une seule partie réussi à contourner l’obstacle. Aqua, plus rapide, court, loin devant la ramille, désormais.

D’autres ruisselets rejoignent le cortège d’Aqua. La pente devient plus forte et l’avancée est de plus en plus rapide. La gouttelette danse, tournoie, roule. « Emportée par la foule qui l’entraîne… » Elle dévale la pente du torrent, se jette dans le toboggan des rapides, est ballottée  vers la droite, vers la gauche. Sur le plateau, l’allure ralentissant, Aqua se réchauffe aux rayons du soleil puis se laisse surprendre par la fraicheur quand le ruisseau se glisse sous un bosquet. Dans le talus, des fleurs lui envoient l’effluve de leur parfum. Un peu plus loin, une belle libellule bleuâtre capture des insectes. Aqua pense qu’elle devrait tenter de sauver les pauvres bêtes qui se font manger sans aucune chance d’échapper à leur prédateur. Ignorant comment s’y prendre pour jouer les Zorro. Elle apprécie sa vie de gouttelette qui lui laisse la liberté de voyager, ne la contraint pas à chercher pitance, un toit, des vêtements et lui donne l’éternité.
Un oiseau vole dans les airs et se pose sur la branche d’un arbre. Plus loin, un animal vient boire dans le ruisseau. Elle aurait donc des prédateurs, elle aussi ! Elle passe tout près de la langue rugueuse du quadrupède qui, après s’être désaltéré, se retourne et se vide de ses excréments puants dans l’onde pure. Quel malotru !

A force de s’accoupler avec d’autres ruisseaux, le petit ru du départ est devenu une rivière aussi bedonnante que lente. Aussi lente que bedonnante. Si lente qu’Aqua croit stagner et empester les environs.
Le ciel s’assombrit de plus en plus puis d’un seul coup, des gouttelettes arrivent directement des nuages. Jusque là toutes ses comparses étaient venues à l’horizontale. Désormais, elles arrivaient à la verticale. Il pleuvait de plus en plus fort. Aqua se souvint alors que lors d’un voyage précédant, elle avait rencontré des camarades sous forme de flocons de neige.
Elle croise des poissons qui gobent des insectes, imités par les oiseaux qui descendent en piqué. Décidément les insectes ne sont que des aliments. Sur la berge, un pêcheur assis, un chapeau sur la tête, tient un long bâton prolongé d’un fil terminé par un crochet métallique, au bout duquel se débat un lombric. Un poisson bêta, affamé certainement, vient croquer le ver et se fait harponner par l’hameçon. Le pêcheur tire d’un coup sec. Adieu Poisson ! Aqua plonge au fond de la rivière puis remonte. Sa vie est délicieuse !  A condition d’éviter les assoiffés, elle pourra vivre très longtemps.

Attention ! Confluent à l’horizon ! La gouttelette se mélange aux millions de mètres cubes d’autres gouttes, éprouvant une ivresse sans comparaison, emportée par le tourbillon de la multitude. Un train emprunte la ligne de chemin de fer longeant le fleuve et court vers le lointain. Aqua est attirée par le trou vers lequel se dirigent ses comparses. Il s’agit d’un tube étroit complètement sombre. Ses copines sont apeurées, la curiosité d’Aqua qui éprouve une immense excitation à l’idée des découvertes qu’elle va certainement faire l’emporte sur ses craintes.
Après un long trajet, déversée dans une cuve qui sent le chlore, elle y stationne quelques heures, le temps de scruter son environnement. Autour de l’immense bac, plusieurs tuyaux semblent commandés par un tableau couverts de boutons lumineux. Un moteur se met en marche, l’emportant à l’intérieur d’un nouveau tuyau, plus petit que le précédent, en un tourbillon ascensionnel. Le trajet est court. Il se termine dans un bassin au sommet d’une tour. Un château d’eau. Un répit et une nouvelle aspiration vers un tuyau très étroit. Pour la première fois, la progression d’Aqua est stoppée dans une totale obscurité. Quelques mètres plus loin, elle entre dans une petite cuve, chaude, lui provoquant une sensation très agréable. Dès que la température baisse de quelques degrés, une chaufferie se remet en marche pour la faire remonter.
Aussitôt après avoir entendu des bruits près du chauffe-eau, elle est à nouveau aspirée dans un tube. Ejectée par un trou minuscule, elle est projetée sur le corps d’un humain.  
Elle glisse.
Est happée par un objet.
Devient savonneuse.
Elle glisse et tombe sur un bac bleuâtre.
Elle est emportée vers un trou et repart dans un tuyau malodorant. Elle roule. Rejointe par d’autres gouttelettes plus ou moins sales et puantes, elle est enfin jetée dans un bac boueux où elle est brassée et rebrassée. Elle passe d’un bassin à un autre, rejoignant chaque fois des gouttelettes de moins en moins puantes et de moins en moins boueuses. D’un coup, après un dernier passage par une tubulure, Aqua rejoint un fleuve et reprend sa progression tranquille. Au fil de son évolution, elle se sent plus légère et plus propre. Elle retrouve sa consistance première. Pour une courte durée. Un bateau polluant sillonne le fleuve.
Le cours s’élargit, coule plus lentement. Aqua se salie. Elle séjourne en un lieu où des gens se baignent en criant, des petits et gros bateaux circulent, certains laissant une traînée noirâtre. Des vagues l’emportent tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Le soleil brille très fort. Aqua a chaud, très chaud. Elle se sent devenir vapeur et soulevée vers les nues. Au fur et à mesure de l’arrivée de nouvelles compagnes, le nuage est de plus en plus gris. Poussé par Eole, il s’éventre et se déverse au dessus d’une prairie. Descendant de plus en plus rapidement, Aqua est précipitée sur un champignon. Elle glisse de son chapeau pour atterrir au pied d’un chêne avant de s’infiltrer dans le sol en direction de la nappe phréatique.

Ravie d’avoir parcouru le cycle complet sans avoir été ingérée par un prédateur,  la gouttelette rêve déjà de repartir pour un nouveau cycle qui lui fera connaître de nouvelles contrées, de nouvelles aventures, de nouvelles sensations et des plaisirs nouveaux. Sa vie est une succession de petites aventures et de grands plaisirs qui la rendent très heureuse.

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