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Mortroux 2018

Le 7ème salon du livre de Mortroux aura lieu le dimanche 29 juillet 2018 de 9 h à 18 h, à la salle socio-culturelle

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Concours La Morterolaise 2018

4ème concours de la nouvelle morterolaise

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Elles sont arrivées. Immédiatement, je les ai reconnues et j’ai su pourquoi elles étaient là. Je n’avais jamais entendu parler d’elles auparavant mais dès que je les ai vues, j’ai su. C’était plus qu’une intuition. C’était une certitude : ces entités venaient chercher mon âme parce que j’allais mourir.

J’avais compris, de l’enseignement judéo-chrétien qu’on m’avait donné, que la mort était la fin de la vie pour le corps et que l’âme partait, alors, pour être jugée avant de s’en aller, en fonction de la sentence, pour le ciel, le purgatoire ou l’enfer. On montait au ciel, on descendait aux enfers et on allait au purgatoire.  
Belle image d’Epinal.
Jamais un spationaute n’avait rencontré les âmes qui séjournaient, heureuses, dans le ciel. Jamais un spéléologue n’avait rencontré les âmes qui brûlaient en enfer. Si nous étions nombreux à penser que le purgatoire était sur terre, personne n’avait jamais conversé avec une âme qui y purgeait sa peine.

Dès que les deux créatures m’eurent touchée, je compris que mon enseignement en la matière n’avait aucun fondement. Le corps ne mourait pas en laissant s’échapper l’âme. Non. La vie quittait le corps comme on pose son manteau au vestiaire avant de rentrer au théâtre. L’enveloppe charnelle, ainsi délaissée par la vie, se putréfiait très vite. C’était pourquoi depuis  des millénaires, on l’incinérait, on l’embaumait, on l’ensevelissait…

Ainsi débarrassée de son accoutrement, la vie partait vers un autre niveau. Un univers où rien ne ressemblait à la vie terrestre. Pas d’apesanteur. Pas de faim ou de soif. Pas de douleur. Et surtout une connaissance totale et rapide. Il suffisait de se poser une question pour connaître la réponse.
Sur terre, on ne peut pas imaginer le Néant. On voit en trois dimensions. Où j’étais, je visualisais très bien le Néant ainsi que la quatrième, la cinquième, la sixième dimension, voire au-delà ! On m’aurait passé le film de tout cela quand j’étais encore vivante, j’aurais été abasourdie.
Contrairement à mon catéchisme, le monde n’avait pas été créé par Dieu. Je ne pouvais même pas me frotter les yeux, je n’avais ni yeux à frictionner ni mains pour le faire. On ne massait plus dans cet univers-là.

Pire.
Oserais-je le dire ?

Le monde fut entièrement enfanté par… une sorte de corme d’abondance. Le cosmos tout entier avec systèmes solaires, planètes, faunes, flores… se déversa pendant plusieurs de nos jours dans le néant, pour constituer le monde tel que nous ne le connaissons pas encore en entier aujourd’hui.
La femme, capable de faire prospérer, en son sein, l’enfant qui permettrait la perpétuation de l’espèce, de le mettre au monde et de l’allaiter ; la femme, presque autarcique régna pendant des millénaires en maîtresse sur ce monde.
L’homme, incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles, comme le pensent encore certaines religions, et guerrières, piétinait. Tant que les outils ne furent pas inventés et que le feu ne fut pas découvert, les choses allèrent aussi bien que possible. On les occupait aux travaux nécessitant beaucoup d’énergie et on réussissait à les calmer. Quand il n’y avait pas de forte activité, ils se battaient au sein de la tribu.

Dès que le premier outil fut inventé, les hommes voulurent en faire des armes et ils allèrent se battre entre groupes.
Les femmes, d’abord amusées, laissèrent faire. Très très longtemps. Elles pensaient qu’il s’agissait d’une émulation nécessaire pour les hommes.
Un matin d’hiver, il gelait à pierre fendre et des centaines de corps masculins gisaient au sol dans leur sang coagulé. La plus jeune des filles adultes de la peuplade des Chênes réuni d’abord les femmes de sa communauté puis chacune est partie à la rencontre des autres familles.
Pour canaliser leur trop plein d’énergie, les femmes décidèrent de donner le pouvoir aux hommes. Elles ne pouvaient pas, du jour au lendemain, dire : « Messieurs, aujourd’hui, vous êtes les chefs ». Elles les endormirent avec une décoction hypnotisante. Pendant ce temps, elles préparèrent le terrain. Dans toutes les cultures, elles inventèrent un ou des Dieux et une mythologie. Elles répétèrent le conte qu’elle venait d’inventer aux hommes qui dormaient.  

Quand ils se réveillèrent, les hommes étaient des chefs guerriers. Ils se frappèrent. Frappèrent. Et frappèrent encore. Ils violèrent et assassinèrent.
Ils continuent. Ils ont découvert la plus efficace des armes : la politique.
De tous temps certains hommes se distinguèrent par leur intelligence, leur créativité, leur pacifisme. Ceux-ci furent tout de suite remarqués par les femmes. Elles les encouragèrent à persévérer. C’est ainsi que des hommes consacrèrent leur énergie aux grandes découvertes, à la littérature, à la science, à évoluer vers la paix. Il y en eu même, à toutes les époques, et il y en a encore, qui furent honnêtes en politique.

Depuis quelques siècles, des femmes font semblant d’essayer de prendre leur place dans le monde des affaires. Elles se heurtent au monde masculin qui veut garder son pré carré et au monde féminin qui sait que l’heure n’est pas venue.
Les femmes se reposent mentalement en attendant le moment qu’elles ont décidé. Elles font semblant de cumuler travail professionnel et travail ménager. Elles se plaignent pour donner le change. Mais chacune sait qu’un jour, un jour qui a été fixé il y a des siècles, elles reprendront les commandes après avoir effacé  les effets de l’hypnose des hommes.
Elles savent qu’à partir de ce jour là, il n’y aura plus de guerre, plus de crimes ou délits. Elles savent qu’il n’y aura plus de pauvreté, que les fruits de la corne d’abondance seront distribués à satiété.

Elles savent aussi que si les hommes ignorent, et pour cause, la vérité sur l’origine du monde, les femmes qui devraient la connaître, elles, sont très nombreuses à s’être réfugiées dans la fable d’un ou de plusieurs Dieu et à y croire dur comme fer.  Lorsque la véritable genèse sera connue de tous, les religions disparaîtront. Beaucoup d’humains, sans un quelconque Dieu à qui croire pour sauver une improbable âme, risquent d’avoir l’esprit sans dessus dessous et d’avoir un comportement difficile à maîtriser.
Les femmes sages se préparent et enseignent aux filles de la famille comment agir quand le moment sera venu.
L’univers dans lequel je suis désormais – défunte sur terre, mais bien plus vivante ailleurs – n’est peuplé que de vie féminine. Car la vie est féminin quel que soit l’enveloppe charnelle qu’elle emprunte. Tous les défunts de la terre et des autres lieux humanisés sont des vies qui oeuvrent pour que le retour des femmes aux manettes du monde se fasse dans les meilleures conditions.

La femme a créé Dieu pour se donner le temps de préparer un havre de paix.

Vous découvrirez, ici, une autre nouvelle la semaine prochaine

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