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Mortroux 2018

Le 7ème salon du livre de Mortroux aura lieu le dimanche 29 juillet 2018 de 9 h à 18 h, à la salle socio-culturelle

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Concours La Morterolaise 2018

4ème concours de la nouvelle morterolaise

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J'ai fermé les yeux, j'ai mis les mains dessus, et j'ai tâché d'oublier, d'oublier le présent dans le passé. Tandis que je rêve, les souvenirs de mon enfance et de ma jeunesse me reviennent un à un, doux, calmes, riants, comme des îles de fleurs.

Les grands parents, d’abord, chez qui nous vivions, qui semblaient n’avoir été mis au monde que pour nous aimer. Sexagénaires, ils étaient vieux. Ma grand-mère portait des blouses noires à fleurettes blanches, des bas noirs, été comme hiver et coiffait ses cheveux en chignon. Mon grand-père portait une ceinture de flanelle, une chemise très longue et un pantalon en velours. Une casquette grise cachait de rares cheveux blancs. Ils restaient à la maison où ils assuraient l’intendance. Leurs gestes étaient lents mais assurés. Ils nous racontaient des souvenirs du début du siècle. Ils avaient connu les débuts de l’école de la République, quand la cantine scolaire n’avait pas encore été inventée. Aux chaussures modernes, ils préféraient, lui ses sabots, elle ses socques, qu’ils faisaient fabriquer sur mesures par un voisin. J’ai toujours cru qu’ils vivaient chez nous. Ils étaient toujours gentils avec nous et je les aimais tellement que j’aurais trucidé quiconque m’aurais prédit leur mort.

Les parents, eux, avaient la lourde tache de subvenir aux besoins primaires de toute la famille. Ils passaient presque toutes leurs journées aux champs. Labourer, ramasser les cailloux, herser, semer, sarcler, récolter… occupaient toute leur année. Parfois, il pleuvait si fort que les parents ne pouvaient pas s’activer autour du tracteur et de ses annexes. Maman en profitait pour inviter ses filles à faire le ménage à fond dans toutes les pièces ou à ravauder quelques vêtements. Papa entrainait ses fils dans l’atelier : il y avait toujours quelques petites choses à réparer. Ce que préférait nos parents, pourtant, ce n’était ni le ménage ni les réparations. C’était la création. Maman réalisait tous nos vêtements. Elle aurait pu se contenter de coudre une blouse ou de tricoter un pull. Non. Sur la blouse elle brodait oiseaux, papillons, fleurs ou autres dessins. Papa nous fabriquait des jouets : table à notre hauteur, lits à notre taille, machine à tricoter ou à coudre, machine à laver. Il incrustait lui aussi des dessins dans chacune de ses œuvres.

Nos voisins s’extasiaient devant nos artistes de parents et se demandaient souvent pourquoi ils continuaient de cultiver leurs quelques arpents de terre alors qu’ils auraient pu vivre de leur art.
Ma mère avait une réponse qui me surprenait : « Si nous réalisions toute une année ce que nous aimons faire, à quoi occuperions-nous nos moments de temps libre ? » Elle pensait qu’elle trouvait d’autant plus de plaisirs à se consacrer à son violon d’Ingres que ses activités quotidiennes étaient pénibles. Je me demande même, parfois, si elle n’aurait pas considéré comme un péché de prendre du plaisir dans son travail.

Notre fratrie était constituée de deux garçons et de deux filles. Moins de trois années séparaient la naissance de l’ainé de celles du benjamin. Nous étions tous les quatre très intelligents et très travailleurs. Nos parents et une saine émulation nous stimulaient. Nous étions beaucoup plus doués que les autres élèves de la classe unique de notre petite commune rurale. Notre principal challenge était d’avoir la meilleure note de la fratrie.
Nous pratiquions ce sport avec beaucoup de plaisir. Celui d’entre nous, qui remportait la compétition, recevait à la fin du trimestre un cadeau réalisé de la main des trois autres. Autant que la victoire, la curiosité du cadeau nous motivait.
Je me souviens avoir reçu un pot à crayons en bois avec une photo de moi collée dessus, un rond de serviette, un tablier de cuisine, une bague, une ceinture en macramé, un béret… et tant d’autres merveilleux souvenirs réalisés avec amour.
Je me revois œuvrant avec autant d’affection fraternelle à la confection d’une écharpe, d’un pied à coulisse, d’une serviette de table, d’un damier … pour mes frères et sœurs.
Je me rappelle aussi avoir volontairement mal répondu à un contrôle, de connivence avec mes deux cadets, afin de permettre à notre benjamin de remporter le concours afin d’être bénéficiaire du cadeau trimestriel. Il n’en avait pas reçu depuis deux ans.
Nous éprouvions autant de joie à confectionner le cadeau du gagnant qu’à gagner soi-même.

Nous avons conservé la coutume du cadeau tout au long de notre vie. Un nouveau flirt, un travail, une augmentation, l’entrée et la sortie du service militaire, la conception d’un enfant, sa naissance… Tous les évènements de notre vie sont le prétexte à une offrande fabriquée des six autres mains.

J’ai souri. Aujourd’hui, un événement totalement imprévu se produisait dans ma vie. J’étais certaine que j’allais très rapidement recevoir un nouveau cadeau. J’ai commencé à émettre des hypothèses sur ce que serait l’objet.  

C’est à ce moment que j’ai rouvert les yeux et que j’ai repris conscience du moment présent.

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