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Mortroux 2018

Le 7ème salon du livre de Mortroux aura lieu le dimanche 29 juillet 2018 de 9 h à 18 h, à la salle socio-culturelle

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Concours La Morterolaise 2018

4ème concours de la nouvelle morterolaise

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LArbre de Sabine couverture 3

Comédie - 1 h 00

Personnages
Marco – 19 ans, Sabine – 40 ans, sa mère, Marianne – 40 ans, enceinte, Gérard – même âge, son mari, Claude – environ le même âge, Stéphanie – sa femme, âge en rapport, Julien et Josette – dix-huit à vingt ans

Décor
Un bureau de réception, un guichet, quelques classeurs, des chaises.
Trois portes : l’une donnant vers l’extérieur, l’une dans le bureau de Sabine, l’autre vers d’autres pièces.

Résumé
Dans les années 2100, Sabine gère une entreprise de mères porteuses qui fonctionne très bien. Quand la pièce débute, on vient de mettre au point un ordinateur qui fabriquera les enfants sur commande et conformément au cahier des charges de chacun.

 

Cette pièce a eu le 1er prix au concours de l’APPEL en 2008

 

 

Les 2 premières scènes

Acte I
Scène 1
Marco et Sabine

(Marco classe des dossiers. Sabine entre par la porte donnant sur l’extérieur. Elle se dirige vers Marco.)

SABINE (Embrasse Marco) (Affectueuse)
Bonjour, mon petit ! Comment vas-tu ?

MARCO (Enjoué)
Bonjour, m’man ! Ça va bien. Et toi ? As-tu fait bon voyage ?

SABINE
Ça pourrait aller mieux. Nous allons bientôt être obligés de déposer le bilan et d’inscrire notre personnel au chômage.

MARCO
Mais non! Quand les enfants seront fabriqués de manière industrielle dans des usines, par des automates et seront en vente dans les supermarchés, nous serons déjà retraités depuis de longues années.

SABINE
S’asseyant et parlant avec nostalgie
Ma grand-mère aimait me raconter que dans son enfance, ses parents, ne souhaitant pas lui révéler comment les bébés naissaient, prétendaient qu’ils l’avaient achetée dans un grand magasin. Mes aïeux étaient des prophètes. Ils pressentaient l’avenir.

MARCO
Tu sais très bien que tout ceci n’est pas possible ! Il ne faut pas croire tout ce que dit la presse. C’est une invention des journalistes pour augmenter la vente de leurs canards.

SABINE
Mais si, c’est possible. Les journalistes sont peut-être un peu affabulateurs sur les bords mais les grands chercheurs qu’ils interviewent ne peuvent pas mentir, eux. Il n’y a pas de fumée sans feu. Si la presse en parle c’est qu’elle a eu des informations.

MARCO
Sont-ils vraiment chercheurs, tous ces messagers de l’avenir qui annoncent des découvertes miraculeuses  tous les jours dans les médias ? Te souviens-tu de cette secte qui avait raconté avoir cloné un être humain ? Rien n’a jamais été prouvé.

SABINE
Les chercheurs en question n’ont rien à voir avec une secte. Ils prétendent que dans cinq ans au plus tard des enfants, dont on aura choisi le sexe, la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, la taille, le poids, la morphologie adulte et peut-être même le caractère, seront commercialisés moins de trois mois après leur commande.
(En colère)
Les parents, en couple ou non, choisiront leur enfant sur catalogue, comme on choisit une voiture. Il y aura peut-être même un marché de l’occasion.

MARCO
Tu te fais du cinéma.

SABINE
Je suis prête à parier que dans quelques siècles, cinq ou six au maximum, les humains n’auront plus d’organes reproducteurs qui, de toutes façons, seraient inutilisés puisque inutiles. L’humain ne baisera même plus. Quand certains de nos ancêtres sauront que la quéquette dont ils étaient si fiers n’existe plus, ils décèderont une seconde fois.

MARCO
Nous n’en sommes pas là !

SABINE
Crois-tu que les contemporains d’Hugo pensaient qu’un siècle plus tard, en Angleterre, naîtrait la première fille éprouvette. A l’époque de cette naissance moderne, il fallait encore un spermatozoïde et un ovule. Désormais, l’automate n’en a même plus besoin. Il fait tout lui-même. Je me demande cependant ce qu’est sa matière première. Nous allons fabriquer des humains à base de produits pas très nets. Je le crains.

MARCO
Nous dramatisons toujours tout. Regarde, comme on a fait du bruit autour des premières mères porteuses. Aujourd’hui, c’est une profession honorable, reconnue par tous et que tu n’hésites pas à mentionner sur tes cartes de visite.

SABINE
Ma profession, c’est ARBRE.

MARCO
ARBRE ou mère porteuse, c’est pareil.

SABINE (Avec véhémence)
Non. Ce n’est pas pareil. Mère porteuse : c’est porter un bébé comme on porterait autre chose, n’importe comment. ARBRE : c’est faire profiter un FRUIT en son sein, lui donner le meilleur de soi-même et, lorsqu’il est mûr, qu’il est prêt à tomber, c’est le confier à celui qui vient le cueillir et qui l’emporte, comme s’il avait cueilli une pomme, laissant l’ARBRE seul. L’ARBRE ne renonce pas pour autant à nourrir de sa force et de son amour d’autres FRUITS. L’ARBRE travaille avec AMOUR à la prolongation de l’humanité.

MARCO
Comme c’est poétiquement dit !

SABINE
Je le dis comme je le ressens. Beaucoup de personnes colportent que les mères porteuses font des enfants comme elles feraient n’importe quel autre métier. Ce n’est pas vrai.
Peut-être que certaines d’entre nous le font pour l’argent. Il y a bien des couples qui font des enfants pour percevoir les allocations familiales ! Moi, je fais un enfant comme je ferais de la peinture ou un poème, comme je constituerais un dossier de marché public. J’y mets tout mon cœur, toute mon âme. Chacun de mes enfants est une œuvre, une grande œuvre.

MARCO
Je comprends mieux, maintenant, pourquoi tu fais ce métier.

SABINE
Oh ! Je n’avais pas vraiment la vocation, mais n’ayant pas fait d’étude et étant orpheline, il fallait bien que je vive. J’avais le choix  entre faire le trottoir ou des enfants. J’ai préféré travailler au chaud et avec de bons vrais contrats signés en toute légalité.

MARCO
Madame aime son petit confort. Madame est une bourgeoise.

SABINE
Je n’ai jamais détesté le confort et plus je vieillis, plus j’en ai besoin.

MARCO
S’approche de Sabine et lui met son bras droit autour des épaules.
Ma petite mère chérie !

SABINE
Imagines, mon petit Marco, que tes parents, au lieu de choisir un ARBRE comme moi, aient choisi la machine ; tu serais né, exactement comme ils te voulaient et le jour où ils l’auraient voulu. Mais à leur mort, la machine ne se serait pas souciée ni émue de ton sort. Toi aussi on t’aurait mis à l’orphelinat.

MARCO
Tandis que toi, tu as assuré le service après vente. Tu m’as pris en charge, tu as pourvu à ma nourriture, à mon éducation et tu m’as même offert un emploi.

SABINE
Je n’allais tout de même pas t’abandonner alors que mon sang coule dans tes veines !

MARCO
Beaucoup de tes collègues l’auraient fait. Toi, tu suis la vie de tes FRUITS comme tu dis, mais combien le font. Une secrétaire ne suit pas son dossier partout où il va !

SABINE
Un architecte veille à la construction de son édifice. Les commerçants assurent un service après-vente. Moi aussi.

MARCO
Tu fais ton travail trop consciencieusement.

SABINE
Je préfère qu’on me reproche de le faire trop bien plutôt que de m’accuser de le faire mal.

MARCO
Il n’empêche que quand tu accouches, tu donnes l’enfant à un couple et que tu t’engages à ne pas le reprendre. Sous aucun prétexte.

SABINE (Vivement)
De leur vivant.
(Un temps)
Notre agence prévoit de se charger de l’enfant au cas où il serait abandonné pour quelque raison que ce soit.

MARCO
Ton agence, oui. Mais pas toi.

SABINE
Tu me reproches de t’avoir adopté, si je comprends bien !

MARCO (Embrasse Sabine.)
Mais non. Ma petite mère !
(Il s’éloigne, pensif.)
Mais il m’arrive de penser que tous n’ont pas ma chance et que j’aurais pu me retrouver dans un orphelinat sans tendresse ni affection. J’aurais pu avoir perdu mes parents de cœur et ne pas savoir que j’avais une mère de corps. Mais j’ai eu la chance d’avoir une mère qui un jour n’a pas hésité à s’encombrer d’un mouflet qu’elle n’avait pas prévu d’avoir.
J’ai eu la chance d’être né d’une femme de cœur.

SABINE
Il y a des enfants nés bien normalement qui perdent leurs parents. Moi, j’étais née très normalement d’un homme et d’une femme qui avaient fait l’amour très naturellement, dans le but de me mettre au monde. Mes parents m’avaient longuement désirée. Ils m’ont conçue pour me donner du bonheur, pour m’élever dans l’amour et… ils sont morts, me laissant seule, sans famille. J’ai abouti à l’orphelinat.

MARCO
Bien sûr, je le sais. Mais… Comment te dire…? Je te suis très reconnaissant et je ne sais pas si je pourrais un jour te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi et que tu n’étais pas obligée de faire… Ce n’était pas dans ton contrat de m’aimer.

SABINE
Ce sont les choses que je ne suis pas obligée de faire que je fais avec le plus de plaisir. Ce que je suis obligée de faire ne m’amuse pas.
Et tu n’as surtout pas à me remercier. Je ne l’ai pas fait pour ça. Je l’ai fait parce que j’avais envie de le faire. Parce que j’avais peut-être autant besoin que tu sois mon enfant que toi tu avais besoin que je sois ta mère.
Ça prouve que je suis humaine, que j’ai un cœur. C’est ce qui fait ma différence avec la machine et c’est pourquoi je me bats et je me battrais de toutes mes forces pour sauver notre profession.
(Elle se lève.)
Je vais travailler.
(Elle fait quelques pas en direction de son bureau.)


Scène 2
Les mêmes  + Gérard et Marianne

Gérard et Marianne entrent, venant de l’extérieur de l’immeuble. Ils embrassent Marianne et Marco.

MARIANNE (A Sabine)
Alors ? Tu es au courant ?

SABINE
Si tu parles de la machine à faire les enfants, oui je suis au courant. Mais il n’y a pas de quoi s’en rendre malade. Tu dois d’abord penser à ton bébé.

MARIANNE
C’est sûrement le dernier que je fais !

GERARD
Et le nôtre ! ?

SABINE
C’est malheureux d’être marié à un ARBRE et de ne pas pouvoir avoir d’enfant à soi.

GERARD
Nous devions en faire un l’an dernier. Marianne était décidée. Ça n’a pas marché la première fois, le mois suivant Marianne avait un client et notre pitchoun est tombé dans le lac.

MARCO (Ironique)
Prends un rendez-vous avec l’une de nos « ARBRES », tu obtiendras certainement satisfaction.

GERARD (Ironique)
Tu as raison. Je vais m’adresser directement à l’ordinateur… L’automate est désormais mon seul espoir. J’attends la sortie du catalogue et je choisirais. Tu crois qu’il y aura un catalogue printemps-été et un catalogue automne-hiver. Je me demande dans lequel je devrais choisir. Faut-il avoir un enfant léger comme l’été ou faut-il avoir un enfant qui vous tienne chaud l’hiver ?

MARCO
Il y a peut-être des espèces « des quatre saisons ».
(Rire général.)

SABINE
Asseyez-vous donc.
(Marianne et Gérard s’asseyent.)

MARIANNE
Vous savez qu’il est capable d’aller chez nos concurrents automates.

SABINE
Tu es le meilleur des maris de nos ARBRES. Tu dois continuer d’aider ta femme à former ce petit être. Je te promets que tu seras non pas son prochain client car ce serait triste qu’elle te considère ainsi, mais que le prochain enfant qu’elle portera sera le vôtre.

GERARD
Comment feras-tu ?

SABINE
Je suis tout de même encore la patronne, ici. Non ?

MARCO
C’est vrai, j’oublie toujours que tout ça geste large est à toi.

SABINE
C’est à nous. Et comme pour l’instant, tu es mon unique héritier, ce sera sûrement à toi, un jour.

GERARD
Un homme à la tête de l’ARBRE DE SABINE, ça va faire une belle publicité à la maison.

SABINE
Elle en aura sûrement bien besoin.

MARCO
A Gérard, en allant à son bureau et en s’y asseyant.
Alors, toi, tu aides Marianne à faire ses enfants et tu n’es même pas rémunéré.

GERARD
Non. Je suis bénévole et pourtant ma tâche est difficile. Quand Marianne est enceinte, je l’aime encore davantage comme si elle portait mon enfant…. D’ailleurs, je me sens toujours un peu le père des bébés qu’elle met au monde. C’est moi qui lui tiens la main pendant l’accouchement. Je crois que si je ne l’aimais pas autant, sa grossesse en souffrirait et notre FRUIT aussi.

SABINE
Marianne a beaucoup de chance, tous les maris de nos ARBRES ne sont pas aussi sympas. Beaucoup n’acceptent que leur conjointe exerce cette profession que pour le salaire qu’elle en retire. Marianne a besoin de toi pour réussir ses FRUITS. Vous êtes un ARBRE à vous deux.

MARIANNE
Sans Gérard, je ne pourrais pas faire ce métier. Il me faut sa tendresse pour réussir.

MARCO
Merveilleux Gérard.

GERARD
Merveilleux. Il faut le dire vite. Vous ne le savez pas… personne ne s’en doute, mais… il m’est arrivé plusieurs fois… d’avoir envie de voler l’enfant à sa naissance… pour l’avoir à moi, à moi tout seul. Pour avoir enfin un enfant à moi.

MARCO
Tu ne l’as jamais fait. Ton honnêteté t’en empêche.

SABINE
Ne le fais surtout pas ! Ce serait une énorme bêtise ! Notre renom en dépend. Pense que tu as tous les avantages sans avoir les inconvénients. Tu as le plaisir de voir naître un enfant après l’avoir attendu avec délices mais tu n’as pas la déception de l’entendre pleurer toutes les nuits parce qu’il a faim, chaud, froid ou une rage de dent.

MARCO
Et tu n’as pas besoin de lui acheter de jouets pour sa fête ou Noël.

GERARD
C’est une façon de voir les choses. Un temps. Mais je ne peux pas non plus jouer avec ses jeux électroniques. Rires.

MARCO (A Sabine)
Tu as la chance, toi, de ne pas avoir de mari…

SABINE
Est-ce une chance ? Bien sûr, s’il devait être comme celui de la voisine, j’ai beaucoup de chance ; mais un petit mari comme Gérard, pourquoi pas ?

MARCO
Pourquoi ne t’es-tu jamais mariée ?

SABINE
Toujours les grandes questions ! Si tu veux savoir, je ne sais pas vraiment. Peut-être parce que les hommes que j’ai rencontrés étaient trop imbus d’eux-mêmes, n’aimaient que le sexe ou ne l’aimaient pas assez. Ils appréciaient trop mes qualités ou pas assez. Ils étaient trop cons ou c’est moi qui étais trop conne. Aucun ne m’a permis de reconnaître suffisamment ses bons côtés et convaincue de l’épouser.   

MARCO
Tu en as rencontré beaucoup ?

SABINE
J’ai rencontré beaucoup d’hommes. Quelques uns m’ont séduite. J’en ai séduit d’autres. Je n’ai peut-être pas su séduire ceux qui m’avaient séduite.

MARIANNE
Sabine cherche la perle rare, le genre d’homme qui n’existe qu’à un seul exemplaire sur la planète si toutefois il existe.

GERARD
Avec l’automate, elle a toutes ses chances ! Elle commande le bébé qu’elle souhaiterait épouser…

MARIANNE
Et elle attend qu’il veuille bien avoir dix-huit ans.

SABINE
Je lui dis que je suis sa tutrice, je l’inscris dans un couvent en attendant sa majorité. Comme il ignorera qu’il existe d’autres filles, il ne fera aucune difficulté pour épouser sa bienfaitrice malgré mon âge canonique.

MARIANNE
Tu resteras vieille fille.

SABINE (Avec force)
Je le deviendrai peut-être mais je ne le resterai pas car je suis encore une JEUNE fille.

MARIANNE
C’est tout de même le comble ! Avoir eu cinq enfants et être encore vierge ! Tu as fait mieux que la mère de Jésus.

MARCO
Ah non ! Elle n’avait pas eu besoin de l’insémination artificielle, elle.

GERARD
Seulement spirituelle.

SABINE
Si vous le permettez, je vais travailler. Ca devient plus que nécessaire. C’est urgent. Au travail, vous aussi.
(Elle va dans son bureau, y entre et ferme la porte derrière elle.)

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